20 NOVEMBRE 2012

DOSSIER CANCER DE LA PROSTATE - Une maladie à ne pas prendre à la légère

Autrefois tabou, le cancer de la prostate est maintenant mieux connu du grand public grâce à de nombreuses campagnes de sensibilisation. Comme le taux de guérison atteint les 90 % au Québec grâce à la chirurgie et à la radiothérapie, certains sont tentés de banaliser cette maladie. Pourtant, elle est la troisième cause de mortalité par cancer chez les hommes, avec 4 000 décès par année au Canada, et demeure le cancer le plus diagnostiqué au pays. De plus, les hommes traités pour ce cancer risquent de devoir vivre avec certaines séquelles, ce qui peut s’avérer délicat pour l’homme et son couple.

Dans le cadre du mois consacré au cancer de la prostate, nous avons rencontré Mme Lise Doucet, conseillère en soins spécialisés en oncologie au CHU de Québec, pour explorer en détails plusieurs aspects importants du sujet.

Quels sont les signes les plus communs pouvant laisser présager la présence d’une tumeur à la prostate?

Le cancer de la prostate peut malheureusement se développer sans qu’aucun signe ou symptôme ne se manifestent, en particulier dans les premiers stades. Des symptômes pourront paraître si la tumeur fait augmenter anormalement la taille de la prostate. Celle-ci exercera alors une pression sur l’urètre et fera apparaître certains symptômes : besoin fréquent d’uriner, surtout la nuit; besoin pressant d’uriner; difficulté pour commencer ou cesser d’uriner; incapacité d’uriner; faiblesse, diminution ou intermittence du jet urinaire; sensation de vidange incomplète de la vessie; sensation de brûlure ou de douleur durant la miction; présence de sang dans l’urine ou le sperme; éjaculation douloureuse.

Il est important de noter que ces signes peuvent être reliés à d’autres problèmes ou maladies urinaires comme l’hypertrophie bénigne de la prostate, qui est bénigne et qui n’a rien à voir avec le cancer de la prostate. Une évaluation médicale est nécessaire en présence de ces symptômes.

Que faire dès qu’un doute s’installe?

Le médecin de famille est la première personne à consulter. Il détient les compétences nécessaires pour dépister le cancer de la prostate, et ce, au moyen de deux types d’examen : le toucher rectal, puis l’analyse sanguine, dites test de l’APS (antigène prostatique spécifique). À ce jour, ces deux techniques combinées représentent les outils les plus précis de dépistage précoce du cancer de la prostate et peuvent ainsi sauver la vie de bien des hommes. Toutefois, aucun test n’est infaillible. Une interprétation juste des résultats est nécessaire afin d’éviter toute intervention non indispensable.

Si le médecin suspecte un cancer de la prostate, il demandera des tests plus poussés comme une biopsie afin de confirmer le diagnostic.

Si une prise en charge du cas est requise, le patient sera référé à un professionnel de la santé spécialisé dans le traitement du cancer de la prostate, soit un urologue, soit un uro-oncologue, selon le cas.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur les deux examens de dépistage?

Le toucher rectal est la méthode la plus courante pour détecter un cancer de la prostate. Elle ne dure que quelques secondes et permet de vérifier s’il y a présence d’une masse ou d’une irrégularité dans le tissu.

Pour ce qui est de l’analyse sanguine, on parle habituellement de test de l’APS (antigène prostatique spécifique), une substance produite par la prostate. Il permet d’en mesurer le taux.

En ce qui concerne le dépistage précoce d’une tumeur prostatique, le Réseau de cancer de la prostate Canada recommande fortement aux hommes de plus de 40 ans de se soumettre à ces tests pour un avis initial, surtout en présence d’antécédents familiaux. À partir de l’âge de 50 ans, on leur recommande de s’y soumettre à chaque année.

Recevoir une telle nouvelle doit être très éprouvant pour un patient…

Tout à fait. Le diagnostic d’un cancer est source d’inquiétudes. Heureusement, certaines ressources sont mises à la disposition des hommes et des membres de leur famille qui désireraient en parler ou en savoir davantage sur divers aspects de ce type de cancer. Par exemple, la ligne Info-Cancer de la Fondation québécoise du cancer permet de parler à du personnel infirmier spécialisé, et ce, gratuitement et en toute confidentialité. Il suffit de composer le 1-800-363-0063. C’est très important de discuter de son cas et d’aller chercher le maximum d’informations auprès des bonnes personnes.

Voici quelques bons sites que je recommande :

- La Société canadienne du cancer (www.cancer.ca)

- Le Réseau de cancer de la prostate Canada (www.prostatecancer.ca)

- PROCURE – un OSBL québécois voué à la prévention et à la guérison du cancer de la prostate – (www.procure.ca)

- La Fondation québécoise du cancer (www.fqc.qc.ca)

- Le Centre d’information sur le Cancer du CHU de Québec (www.chuq.qc.ca/cic)

- Le Centre d’excellence sur le vieillissement de Québec du CHA (www.cevq.ca/enseignement)

Une fois le diagnostic posé, comment s’articule la prise en charge de la tumeur?

Les options de traitement dépendent du grade de la tumeur et de l’espérance de vie du patient, qui est liée à son âge et à son état de santé général. Plusieurs excellents traitements sont possibles.Toutefois, chacun peut avoir des effets secondaires à court et long terme, tels des problèmes liés à la miction, à la fonction intestinale et à la fonction sexuelle. Il est donc primordial que le patient s’assoit avec son médecin pour évaluer les avantages et désavantages de chaque traitement, puisqu’ils auront un impact sur sa santé et sur sa qualité de vie. Le choix du traitement ne revient donc pas seulement au médecin. C’est une prise de décision conjointe dont la finalité appartient au patient.

Surveillance active / suivi attentif 

Si la tumeur est non agressive et à faible risque, elle ne nécessitera pas forcément de traitement. Il est possible que le médecin recommande simplement un toucher rectal et un test de l’APS à intervalle fixe, aux 3 ou 6 mois par exemple. Si la tumeur n’évolue pas, il n’y aura pas d’intervention.

Chirurgie

La chirurgie effectuée est une prostatectomie radicale, c’est-à-dire une ablation complète de la prostate. C’est l’une des options les plus courantes. L’intervention requiert une hospitalisation de quelques jours. De façon générale, elle donne d’excellents résultats. Pour les difficultés liées à la fonction sexuelle, des techniques chirurgicales de préservation des nerfs sont utilisées dans la mesure du possible. Le taux de réussite est supérieur lorsque le cancer est au stade précoce et que l’homme est plus jeune et sexuellement actif.

Radiothérapie

C’est un autre bon choix. Il existe deux types de radiothérapie, soit interne ou externe. Lors d’une radiothérapie externe, des faisceaux de rayons seront dirigés vers la prostate et endommagera toutes les cellules dans sa trajectoire, dont les cellules cancéreuses. Le traitement est fait de manière intensif, normalement administré 5 jours par semaine durant 5 ou 6 semaines. Lors d’une radiothérapie interne, ou curiethérapie, des éléments radioactifs sont placés directement à l’intérieur de la prostate.

Hormonothérapie

L’hormonothérapie élimine ou réduit la production d’hormones pour empêcher le développement de cellules cancéreuses. On coupe leurs nutriments. Les médicaments hormonaux peuvent entraîner une variété d’effets secondaires tels des bouffées de chaleur, de l’impuissance, une baisse de l’appétit sexuel, un gain de poids, une sensibilité des seins, ou encore, un affaiblissement des os. Ces effets secondaires disparaissent souvent une fois le traitement terminé.

Y a-t-il des facteurs de risque qui peuvent être liés à la formation et au développement d’une tumeur à la prostate?

Oui, en commençant par l’âge. L’incidence du cancer de la prostate croît de façon exponentielle au fil du temps, particulièrement après 50 ans. Les antécédents familiaux est le second facteur de risque en importance. Plus le nombre de parents au premier degré (père et frère) qui sont atteints est élevé, plus le risque est important. De plus, si un proche a reçu un diagnostic de cancer de la prostate avant 65 ans, le risque augmente davantage pour ses proches masculins que s’il avait été reçu à un âge plus avancé. De plus, comme pour plusieurs autres maladies, de mauvaises habitudes de vie peuvent apporter leur lot de risques.

Comment envisagez-vous l’avenir pour cette maladie?

Il y a un vaste éventail d’excellents projets de recherche sur le cancer de la prostate, lesquels se penchent sur d’importants aspects de cette maladie. La science évolue rapidement et les techniques chirurgicales, traitements et tests diagnostiques se raffinent.

Le CHU de Québec s’est tout récemment doté d’un appareil à la fine pointe pour traiter chirurgicalement le cancer de la prostate, le robot chirurgical. Il permet de retirer la prostate de façon beaucoup plus précise et moins invasive, et donc, de réduire sensiblement le séjour en hospitalisation et les risques de séquelles, notamment. C’est la technologie la plus efficace à ce jour.

Merci Mme Doucet.

Mme Lise Doucet , conseillère en soins spécialisés en oncologie (CHU de Québec) et Mme Émilie Turcotte (Fondation du CHUQ), portant la moustache et la cravate en solidarité avec la cause du cancer de la prostate !

 

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